L'homme qui fait le ménage couche moins. Vraiment ?

Publié le par Catherine Richon

Catherine Richon Telle la fleur du marronnier qui nous revient à chaque printemps, toujours la même, toujours différente, une nouvelle étude sur les hommes et le ménage est apparue sur nos écrans hier. Comme si soudain toute la presse s’était mise à faire de la pub pour les prochaines représentations du spectacle Les hommes et le ménage ! « Plus un homme fait le ménage, moins il a de rapports sexuels », « Faire le ménage ou faire l’amour, les hommes doivent choisir », « Les hommes dévoués aux tâches ménagères perdent de leur vigueur sexuelle », a-t-on pu lire, entendre, hier, un peu partout. Mince, ça n’arrange pas mes affaires. J’ai voulu en savoir plus. 

éponges1-copie-2Bien entendu, tous les articles se réfèrent à une dépêche AFP et bien entendu, cette dépêche évoque la publication d’une étude américaine. Époque bénie que celle d’internet, il suffit de quelques google searches pour mettre la main sur la publication en question. Je vous épargne la recherche, je vous offre le lien : www. Et j’ai décortiqué pour vous l’animal.

20 pages en doubles colonnes, avec tableaux et graphiques. Le tout en anglais bien sûr. L’article est paru dans l’édition du 30 janvier 2013 de l’American Sociological Review. Intitulé « Égalitarisme, travail domestique et fréquence des rapports sexuels dans le mariage », il est signé par Sabino Kornrich, Julie Brinns et Katrina Leupp. Seul le nom du signataire masculin est repris dans la dépêche et par conséquent dans tous les articles qui ont suivi. Rien n’indique pourtant dans la publication que Monsieur Kornrich ait supervisé les travaux. D’après les biographies annexées à l’article, Sabino Kornrich est jeune chercheur à Madrid, Julie Brinns est Professeur de sociologie à l’université de Washington et Katrina Leupp est doctorante.

Bref, que dit cet article ?

Remettre à leur place les (nouvelles) idées reçues

Les auteurs commencent par évoquer la progression dans l’opinion publique de l’idée selon laquelle plus un homme participe aux tâches domestiques, plus il a de relations sexuelles. D’après eux, les médias ont leur part de responsabilité dans cette affaire.

Ils citent par exemple une dépêche Associated Press (l’équivalent de notre AFP) qui relayait en 2006 une étude qui n’avait même pas été publiée et qui portait sur un échantillon minime (moins de 300 personnes). Cette dépêche avait malgré tout donné lieu à de nombreux articles du type « Messieurs : vous voulez plus de sexe ? Faites la lessive ! » : les auteurs ont bien conscience des simplifications excessives que ce genre d’étude ne manque jamais de générer. Nous voilà presque rassurés.

Ils citent ensuite copieusement toutes les études récentes - et sérieuses - qui montrent que la fréquence des rapports sexuels augmente avec la participation aux tâches domestiques. Chez les hommes comme chez les femmes d’ailleurs…

balais 1 - CopieNettoyer la cuisine ou laver la voiture ?

La particularité de l’étude des trois sociologues, c’est de lier la fréquence des rapports sexuels d’un couple marié à leur participation aux travaux dans la maison, selon que ces travaux sont « typiquement féminins » ou « typiquement masculins ». D’après eux, la question n’avait jamais été étudiée en faisant cette distinction.

Est-il besoin de rappeler de quel côté sont rangés des travaux tels que faire la vaisselle, s’occuper de la voiture ou faire le ménage ? J’ai toutefois été surprise de lire que « gérer les factures » serait une corvée typiquement masculine. Il me semblait avoir vu plus souvent mes copines suivre les comptes de la maison que leurs maris. Il s'agit peut-être d’une différence culturelle entre Français et Américains...

Des couples mariés et une étude qui ne date pas d'hier

Oui, comme l’indique le titre de la publication et comme il est rappelé au début et à la fin de l’étude, celle-ci ne porte que sur des couples mariés. Mariés et hétérosexuels. Les auteurs s’excusent presque de ne pas avoir évoqué d’autres formes de couples, plus libres, plus gais.

Et ils s’excusent aussi beaucoup d’avoir dû baser leur étude sur des données vieilles de… 20 ans ! Les résultats d’une grande enquête nationale publiée en 1996, d’après des entretiens menés entre 1992 et 1994, c’est tout ce qu’ils ont trouvé à se mettre sous la dent. Ils souhaitent d'ailleurs que des recherches soient entreprises avec des données plus récentes.

La courbe des plaisirs

Et donc oui, à partir des éléments qu’avaient bien voulu fournir à l’époque les couples mariés (on notera que 25% des sondés s’étaient abstenus de répondre aux questions portant sur la fréquence de leurs rapports sexuels), les auteurs ont pu dresser cette courbe très éloquente.

Sans-titre1.jpg (core housework : travail domestique typiquement féminin)

En somme, il semble que quand les hommes et les femmes restent dans le rôle qui leur est traditionnellement assigné, ils ont plus de relations sexuelles.

Le pouvoir du sexe

Une bonne partie de l’article publié dans cette Revue Américaine de Sociologie évoque la théorie qui consiste à considérer les relations sexuelles entre conjoints comme une monnaie d’échange. Tout le monde essaie d’échapper aux tâches domestiques, qui finissent pourtant par incomber le plus souvent aux femmes, écrivent les auteurs. Les femmes échangeraient alors des rapports sexuels contre la participation des hommes aux tâches domestiques. Ou plutôt, elles refuseraient les rapports quand les hommes ne participent pas assez ! Mais d’après eux, on manque de recherches qui viendraient étayer ces théories. Finalement, ils considèrent que les relations sexuelles dans le cadre du mariage ne sont pas régies selon des principes d’échange de services et qu’au contraire, l’accomplissement des tâches domestiques et la fréquence des relations sexuelles obéissent à des systèmes de croyance et des schémas liés au genre.

Conclusion finale : « L’importance du genre s’est réduite avec le temps, mais elle continue d’exercer une forte influence sur les attitudes individuelles, en ce compris la fréquence des relations sexuelles dans le mariage ». Un tout petit peu moins bandant que les titres de nos journaux d'hier.

 

Catherine Richon

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